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 Combien d'aubes n'ont pas encore lui ? (Gandalf le Gris, flashback)

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Elrond Peredhel
Seigneur d'Imladris, la Dernière Maison Simple

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MessageSujet: Combien d'aubes n'ont pas encore lui ? (Gandalf le Gris, flashback)   Mar 7 Juin - 1:35

Le soir tombait dans un profond silence que seul venait troubler le bruit d'une chute d'eau. L'air était doux, le ciel limpide comme la surface d'un miroir et une brise légère venait parfois caresser les fleurs. C'était une de ces nuits de printemps où le monde semble baigner dans une pénombre ondoyante que traverse la lueur des étoiles. Le crépuscule avait paisiblement éteint ses dernières flammèches, loin à l'Ouest, et la beauté s'était levée avec la lune pour enchanter la vallée d'Imladris. Dans la solitude, Elrond contemplait ce spectacle, debout sur un promontoire qui se dressait au dessus d'une petite cascade. Les bras croisés dans le dos, le corps droit comme un chêne, le fils d'Eärendil était immobile et pensif. Là, dans la splendeur de la vallée, il resta un certain temps, plongé dans le secret de ses méditations. Il flottait sur son visage une espèce d'allégresse qui tranchait avec sa gravité habituelle et qui laissait augurer d'excellentes choses. Après un certain temps, Elrond détourna son regard de la grande gorge, il cligna lentement des yeux, fit demi-tour et rentra dans sa demeure. Enveloppé dans la fraîcheur des ombres, il glissa sous les arcades de pierre qui imitaient l'épure des arbres et disparut sans un bruit. Quelque chose dans son coeur s'était rallumé.

--- Flashback ---


À la fin de l'hiver de l'an 1090 du Troisième Âge, Elrond sentait grandir une certaine inquiétude dans le fond de son coeur. Ce n'était encore qu'un frêle pressentiment, mais il y avait dans l'air quelque chose de trouble, comme un chuchotement ténu quoique persistant qui altérait l'harmonie du monde. Elrond ignorait tout la nature de cette gêne, sinon qu'elle n'augurait rien de bon et qu'elle traduisait les tensions croissantes qui se développaient en Terre du Milieu. Le deuxième millénaire de cette ère s'ouvrait sur le soupçon des conflits à venir, et Elrond était las des manoeuvres des mortels. Mais il y avait autre chose. Cela faisait un certain temps que d'étranges nouvelles venaient des confins de l'Ouest. Les oiseaux qui avaient fait leur nid dans les frondaisons du printemps naissant colportaient que des êtres mystérieux avaient tour à tour accosté au Lindon et qu'ils foulaient désormais la Terre du Milieu d'un pas lent et libre. Des êtres à l'apparence d'Edain, portant de longues barbes à la façon des mages et vêtus d'amples robes aux multiples couleurs. À en croire les rumeurs colportées par les animaux, ces vagabonds sillonnaient l'Eriador depuis déjà plusieurs semaine, munis de baguette pour appuyer leur marche ou chevauchant quelque destrier pour avancer plus vite. Les témoignages qui les concernaient plongeaient Elrond dans un certain embarras car ils différaient tous sensiblement. C'est que les oiseaux sont des êtres zélés dans leur allégeance mais trop prompts à rendre leurs services. La plupart de ceux qui avaient voulu prévenir les elfes de l'apparition des voyageurs s'étaient empressés de s'envoler pour Fondcombe dès qu'ils en avaient aperçu un, frappés qu'ils étaient par l'incongruité du spectacle, sans prendre garde de s'informer davantage du nombre, de la nature ou de l'origine de ces étrangers. Il en résulta une grande confusion, car certains oiseaux disaient qu'il n'y avait qu'un seul arrivant, à l'allure fière et grave, drapé dans des vêtements d'où irradiait une grande lumière ; d'autres qu'ils étaient deux, et qu'à celui-là s'était joint un vieillard très joyeux qui prenait plaisir aux êtres sensibles et qui s'émerveillait surtout de leurs belles ailes ; d'autres encore racontaient qu'il y avait bel et bien deux voyageurs mais qu'ils étaient parés de bleu et qu'ils cheminaient droit vers l'Est. D'autres enfin rapportaient qu'il y avait un pèlerin gris faisant route vers Imladris et qu'il portait au doigt un anneau rouge comme le feu. Cette dernière information retint particulièrement l'attention d'Elrond. À dire vrai, le Seigneur ne craignait pas grand chose de ces vagabonds, compte tenu du fait que tous les oiseaux convenaient pour dire qu'ils provenaient du Lindon et qu'ils semblaient avoir bénéficié de l'hospitalité du Seigneur Cirdan. Or la sagesse du Charpentier des Havres était aussi grande que la mer ; et ayant déjà déjoué une fois la malice de Sauron, il n'y avait pas lieu de penser qu'il put être dupe d'un moindre maléfice. Si donc les étrangers avaient reçu son concours, c'est qu'ils étaient dignes de la confiance des Eldar et devaient servir une noble quête. Toutefois, la question des enjeux de cette quête se posait encore, et l'origine de ces étranges individus demeurait obscure... En somme, les oiseaux apportaient avec eux plus de questions que de réponses, car dans leur innocence, ils échangeaient chaque savoir contre mille énigmes. C'était là la raison pour laquelle Elrond goûtait tant leur compagnie. Aussi remerciait-il à chaque fois ses hôtes ailés par quelques paroles enchanteresses, puis les volatiles s'envolaient dans la joie du matin, ravis d'avoir conversé avec le Seigneur de la vallée et d'avoir vu toute la beauté sa Maison. 

Mais les mystérieux visiteurs qui avaient pénétré pacifiquement la Terre du Milieu n'étaient pas la seule préoccupation d'Elrond. En ces temps-là, les regards du Semi-Elfe commençaient à se tourner à l'Est des Monts Brumeux, vers Vert-Bois-le-Grand, car d'inquiétantes rumeurs venaient de lui parvenir. On disait qu'une présence maléfique avait élu domicile au sud de la forêt. Les effets de son occupation se faisaient déjà ressentir, viciant petit à petit la végétation et attirant à elle de plus en plus de créatures hideuses. En vérité, on ignorait tout de cette engeance et de l'étendue de ses pouvoirs, sinon qu'elle s'employait, sans qu'on connaisse son succès, à réveiller les morts des profondeurs de la terre. Elrond ne prêtait pas tant crédit à ces bruits susurrés dans la nuit qu'à l'assurance qu'il y avait bien quelque chose de malsain tapi dans l'ombre de la forêt. Car si Sauron avait été vaincu et banni de ce monde pour longtemps, le Seigneur des Ténèbres ne constituait pas la seule menace pesant sur les Gens Libres. Il y avait encore de nombreux esprits mauvais en Terre du Milieu que les Eldar n'avaient plus affrontés depuis un âge : d'anciens vassaux de Morgoth ayant échappé à la Grande Colère des Valar, des serviteurs de Barad-dûr soucieux de venger la chute de leur maître, voire de simples mortels s'exerçant à la sorcellerie.  

À ces menaces extérieures s'ajoutait un danger bien plus pressant : l'Eregion était encore occupé par des bandes éparses de gobelins qui descendaient des montagnes du Nord pour mener des rapides dans la région. Ils s'employaient notamment à détruire des parcelles entières de forêt pour se procurer le bois essentiel à la forge de leurs armes grossières. Les maigres contingents de Fondcombe s'étaient depuis longtemps résolus à leur faire la chasse, tendant de-ci de-là, dans le secret des ténèbres, quelques embuscades fatales. En effet, les orques sont des créatures stupides qui aiment à se regrouper dans l'ombre pour profiter des fruits de leur rapt. Ils allument alors du feu et l'observent, béats de cruauté, dévorer le bois et le transformer en cendres. Au milieu de leurs cris rauques et du crépitement des flammes, les oreilles les plus fines peuvent parfois entendre un murmure prononcé dans la langue des Eldar. Alors, au coeur de la nuit leurs traits fendent l'air dans un sifflement lumineux, et leurs proies, surprises, n'ont pas le temps de prendre peur qu'elles tombent lourdement sur le sol, une flèche d'argent plantée entre leurs gros yeux vides. Mais les orques revenaient toujours en plus grand nombre, parfois accompagnés de trolls menaçants ou de meutes de loups. Les elfes devaient alors redoubler d'astuce, car ces bêtes avaient un flair très développé et ils alertaient les gobelins de leur présence s'ils s'en approchaient trop.

Elrond était en train de planifier avec ses fils une embuscade d'importance qu'ils devraient bientôt mener tous deux contre une bande d'orques évoluant au sud d'Imladris lorsque Lindir, son vassal, entra dans la salle où ils étaient réunis. Il se pencha respectueusement devant son Seigneur, s'excusa de l'interrompre et lui annonça qu'un étrange voyageur venait d'arriver au seuil de la Maison Simple. L'hôte aux allures de vieillard demandait instamment à le rencontrer. Lindir précisa que le vagabond ressemblait à l'un des portraits que les oiseaux avaient fait, car il était vêtu tout de gris et avait dans l'oeil quelque chose de sémillant qui rappelait le sourire d'une flamme. Elrond s'immobilisa quelques secondes, hocha lentement la tête et fit signe à ses fils. Il referma la carte qu'il avait sous les yeux après avoir passé une dernière fois sa puissante main sur sa surface. Il sortit de la salle, suivi de sa suite, longea les couloirs, descendit quelques escaliers privés puis, virant à droite, il pénétra dans la cour illuminée qui donnait sur les jardins extérieurs. Là se déroulait le large escalier central qui donnait accès à la Dernière Maison Simple et qui était flanqué, à sa base, de deux magnifiques statues de pierre entourées de fleurs représentant deux Eldar en armes. Ces derniers accueillaient solennellement les nouveaux venus et gardaient le seuil enchanté de Fondcombe. Du haut de leur majesté, ils semblaient veiller sur lui comme on garde un secret. De nombreux Noldor s'étaient amassés autour de l'escalier et sur les balcons, car la nouvelle de cette étrange arrivée s'était répandue comme une trainée de poudre, et ils considéraient le nouveau venu en silence, curieux et stupéfaits. Descendant marche après marche la pente de pierre aux fines rambardes, Elrond, noble et fier, fixa le vagabond droit dans les yeux avec un léger sourire. À mesure qu'il s'avançait, il percevait une lumière chaude irradier du personnage qui se tenait devant lui. Il avait reconnu l'aura flamboyante des Maiar, car la sagesse d'Elrond était telle qu'il pouvait voir, à travers l'apparence humaine de son hôte, sa nature divine et chatoyante comme un soleil, comme jadis il avait vue celle des Valar.

Arrivé à quelques pas de l'Istar, l'elfe tendit les bras en geste d'accueil, se pencha légèrement et déclara d'une voix grave :

- "Mae govannen ! Je suis Elrond, fils d'Eärendil, Seigneur d'Imladris, la Dernière Maison Simple à l'Ouest des Monts brumeux et à l'Est de la mer. Moi et mon peuple vous offrons l'hospitalité de notre demeure, car elle accueille tous ceux qui ont le courage de trouver son chemin tant qu'il plaît à leur coeur de rester en cette vallée".
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Gandalf le Gris
L'Envoyé de Manwë Sulimo

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MessageSujet: Re: Combien d'aubes n'ont pas encore lui ? (Gandalf le Gris, flashback)   Sam 11 Juin - 18:49

Olorin était chaque jour un peu plus émerveillé par ce qu'il découvrait. Partout où il passait, les habitants se montraient d'abord intrigués, curieux, parfois même sur leurs gardes, mais toujours se dessinaient sur leurs visages sourires et joie de l'avoir rencontré, joie qu'il partageait de bon coeur avec eux. Ses pas le menaient vers le Nord-Est, et au fur et à mesure qu'il avançait, les habitants se faisaient de plus en plus rare. Il en vint même à passer par une cité totalement en ruines pour finir par se rendre compte qu'il était arrivé en Eregion, lieu qui, autrefois, vit moultes batailles plus sanglantes les unes que les autres entre les Elfes d'Eregion et l'Ennemi de la Terre du Milieu.

Un soir qu'il se reposait auprès de son feu, les yeux perdus dans la contemplation de la danse des flammes, il sentit comme une présence près de lui. On l'observait et, il en était presque certain, il s'agissait là d'Elfes. Il ne pouvait encore les voir avec précision, mais leur grande discrétion était l'une de leur caractéristique principale. Il le savait en tant qu'envoyé de Manwë. Heureux était-il cependant, car il n'avait plus vu d'Elfes depuis son arrivée et sa rencontre avec Cirdan le Charpentier. Contemplant Narya, il sourit et sombra quelques heures dans un sommeil sans rêve.

Le lendemain, tandis qu'il poursuivait sa route, les Elfes qui l'observaient depuis la veille au soir se manifestèrent cette fois devant lui. Ils l'arrêtèrent et voulurent connaître son identité. Lorsqu'il expliqua qui il était et qu'il eut montrer Narya aux patrouilleurs, ceux-ci baissèrent leurs armes et se proposèrent de l'accompagner jusqu'à Imladris, la demeure du Seigneur Elrond. Gandalf avait entendu parlé de lui. Cirdan lui en avait parlé avant qu'il ne commence son grand voyage à travers la Terre du Milieu. Il lui avait relét son histoire, ses exploits et lui confia qu'il était lui-même détenteur d'un Anneau de pouvoir, Vilya. Il suivit donc les patrouilleurs, son baton marquant la cadence, impatient de rencontrer ce grand Seigneur des Elfes.

Lorsqu'il arriva dans la Vallée de Fondcombe, il ne put que s'arrêter un instant pour contempler la beauté du lieu. Depuis son arrivée, il n'avait encore jamais rien vu d'aussi magnifique. Ce lieu respirait la tranquilité, la sécurité et la quiétude. Il se remit en marche tandis que les patrouilleurs les plus à l'avant annoncèrent leur arrivée à un autre elfe qui s'empressa de repartir vers le beau bâtiment dont il venait. Gandalf était arrivé sur ce qui semblait être une petite cour, juste après le fin pont enjambant le fleuve. Devant lui se trouvait un escalier que gardaient deux statues qui avaient l'apparence de guerriers Elfes d'antan. Soudain apparu un Elfe de grande taille. Celui-ci venait vers lui. De sa personne se dégageait une aura que Gandalf n'avait encore rarement vu en Terre du Milieu. Il se présenta à lui, lui offrant l'hospitalité de sa maison. Sa voix grave était cependant mélodieuse, agréable à l'oreille et Gandalf su de suite qu'il avait devant lui un grand Seigneur des Elfes. Aussi s'inclina-t-il avec respect devant lui et lui répondit:

Salutations, Seigneur Elrond, fils d'Eärendil. Je porte bien des noms en ce monde. Des Terres Immortelles, je suis Olorin, mais ici, l'on m'a appelé indifféremment le Pèlerin Gris, Grande Barbe Grise ou Gandalf. Gandalf est le nom qui est le plus revenu depuis le début de mon voyage, mais Cirdan le Charpentier, qui m'accueilla en Terre du Milieu et duquel je reçus Narya, fut le premier à m'appeler Gandalf. Les Elfes du Lindon que j'ai pu rencontrer m'appelèrent également Mithrandir. Mais à présent, mon coeur chante à ma venue en ces lieux. Mon voyage fut long et pénible. Aussi votre hospitalité est la bienvenue, Seigneur Elrond. Je souhaiterais m'entretenir avec vous de la Terre du Milieu car je fus envoyer ici pour en banir à jamais le Mal qui y rode encore. Vos informations, quelles qu'elles soient, me seront très précieuses...


Gandalf le Gris, l'Envoyé de Manwë
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Elrond Peredhel
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MessageSujet: Re: Combien d'aubes n'ont pas encore lui ? (Gandalf le Gris, flashback)   Ven 24 Juin - 16:48

Elrond considérait son interlocuteur silencieusement. Il flottait sur son noble visage un sourire grave mêlé de curiosité et de circonspection, comme s'il retrouvait, par-delà les âges, un ami qu'il n'avait plus vu depuis bien longtemps. En vérité, Elrond n'avait jamais eu le moindre commerce avec Olorin ; sinon par l'entremise de quelques rumeurs qui vantaient sa douceur et sa sagesse. Cependant, dans ses plus jeunes années, il avait pu contempler l'éclat des Valar et la pureté de leur essence. Alors, au plus profond de son cœur, il avait gardé le souvenir de leur lumière comme on garde un secret, préservant dans l'intimité close de sa conscience quelque chose du feu originel. Revoir, à ce jour, jaillir ce feu premier, étincelle d'espérance dans un monde sans cesse plus sombre, fut la cause d'une profonde émotion. Dans la solitude de sa grandeur, Elrond fut alors traversé par un élan de joie. Celle-ci ne troubla ni la noblesse de son port ni la fermeté de son regard, de sorte qu'elle resta inaperçue aux yeux de tous, sinon à ceux de Gandalf. Il existait en effet une telle de sentiments entre les trois Porteurs de l'Anneau que leurs esprits pouvaient librement communiquer entre eux sans élever la voix et sans même se percevoir, qu'ils soient en présence l'un de l'autre ou éloignés par des mille et des mille. Dans le silence le plus absolu, ils partageaient ainsi tout ce qui, en eux, se faisait et se défaisait, tout ce qui vibrait dans la lumière de leur esprit et méritait le titre de pensée. Leurs consciences, semblables à des flots clairs dévalant les pentes des montagnes depuis des sources cachées se retrouvaient chacune dans un grand fleuve commun qui coulait à son tour vers la vaste mer. Unis autour d'un même devoir et dans un même destin, ils communiaient alors dans un immense pouvoir qui restait étranger et pour tout dire inconnu à quiconque ne possédait pas un des trois artefacts de Celebrimbor.

Lorsque Gandalf eut fini de parler, le Semi-Elfe ne répondit pas tout de suite. Il leva légèrement les yeux au ciel, plongé dans ses pensées. Après un petit moment de silence, il prit la parole et parla lentement, détachant chaque syllabe du nom qu'il avait entendu.

« Gandalf... ».  Il s'interrompit puis reprit d'une voix grave et mélodieuse. « Ainsi soit-il. Pour tous les Eldar qui vivent à l'Ouest des Monts Brumeux et à l'Est de la Mer, vous serez Gandalf le Gris, car cela fait longtemps maintenant que vous cheminez depuis les Havres du Nord, vêtu des couleurs du devoir à accomplir ».

Elrond observa Gandalf de bas en haut. Son attention se focalisa sur la main de son hôte. Il remarqua le bijou qu'il portait au doigt. Un instant perplexe, un nouveau sourire illumina bientôt son visage. Il fixa Gandalf avec intensité et complicité, conscient d'avoir percé le premier secret d'un personnage qui promettait d'en dissimuler bien d'autres.

« Vous devez être destiné à réaliser de grandes tâches en ce monde Gandalf, pour avoir su ainsi gagner la confiance de Cirdan le Sage. On dit en effet que jamais aucun geste des Premiers nés ne fut fait en vain, car leur vision s'étend bien au-delà du passé et du présent jusqu'aux rives du plus extrême avenir où tout demeure trouble et incertain. Voyez-vous, il y a fort longtemps, Cirdan a su deviner les machinations de Sauron derrière ses plus beaux atours et épargner aux seigneurs Eldar une destinée tragique. Comme je ne puis croire qu'il se soit laissé abuser par quelque maléfice à ce jour, je déduis que c'est en toute lucidité qu'il vous a donné le présent que vous portez à votre doigt. C'est là un grand cadeau Gandalf, et puisque Cirdan vous croit digne de son amitié au point de vous confier Narya, l'Anneau de Feu, il me revient de vous proposer personnellement la mienne. Que vous fassiez halte ici pour un jour ou pour mille ans, que vous cherchiez le conseil ou le repos, soyez assuré que le secours des elfes d'Imladris vous sera toujours promis, maintenant que vous connaissez le chemin de notre demeure ».

Elrond se tut. Il leva lentement sa main gauche jusqu'à la hauteur de son visage, les doigts serrés et la paume tournée vers son visage. Sa longue manche brune, tissée du meilleur fil et décorée de fins motifs d'argent rappelant l'épure des vagues retomba avec légèreté, découvrant aux yeux de tous un pan de son puissant poignet. Il portait à l'annulaire gauche un anneau ciselé d'or et serti d'un saphir au bleu profond, semblable aux teintes dont le crépuscule voile le ciel avant que ne tombent sur le monde les plus sombres nuits d'hiver.

« Voici Vilya, l'Anneau de Saphir. Il me fut confié jadis par Gil galad, le dernier Haut Roi des Eldar avant qu'il ne tombe sous les coups de l'Ennemi. Cet artefact est le protecteur de cette vallée et j'en suis moi-même le gardien. Ses enchantements dissimulent nos hôtes aux regards malveillants et protège nos frontières de toute intrusion. Tant que le pouvoir de Vilya rayonnera ici à Imladris, il y aura un espoir pour les Gens Libres de triompher du Mal à jamais. Puisse l'alliance des Eldar et des envoyés de Valinor oeuvrer à ce but sans faillir ».

Elrond se tut de nouveau et convia Gandalf à tenir conseil avec lui. Ils avaient beaucoup d'informations à partager, et si le Maia était curieux d'apprendre la situation des différents royaumes de la Terre du Milieu, Elrond était lui-même traversé par quelques interrogations. La suite du Semi-Elfe se dispersa, les Eldar ou les vagabonds curieux de cette visite impromptue retournèrent à leurs occupations, et Gandalf et Elrond restèrent seuls. Le Seigneur entreprit alors de remonter le grand escalier par où il était arrivé pour conduire Gandalf dans une grande salle où ils pourraient converser à loisir. Il croisa les bras derrière son dos et pria son hôte de le suivre. À mesure qu'ils avançaient tous deux sous le silence des arcades tapissées de feuilles, les premières paroles s'envolèrent comme une nuée d'oiseaux saluant le printemps. Elrond parlait à voix basse, les yeux fixés devant lui.

« Cela fait plus d'un millénaire maintenant que les habitants de ces régions n'ont plus vu de Maia fouler l'Eriador. Votre venue a été la cause d'un certaine agitation au Nord de la Terre du Milieu, car de nombreuses rumeurs ont circulé parmi les voyageurs et les bêtes, et il n'est plus à espérer tenir votre présence secrète très longtemps. Je dois dire que, pour être bénéfique, votre apparition n'en est pas moins inquiétante, car elle apporte avec elle son lot de présages et de questions sans réponses. »

Arrivé au seuil d'une grande salle vide donnant sur la vallée par de vastes ouvertures ciselées dans la roche Elrond s'immobilisa. Son regard avait changé, son visage était maintenant figé comme un masque de pierre et il émanait de sa figure une nostalgie vague et inquiète. Avant de pénétrer dans la pièce, il observa son invité d'un air grave et alla droit au but :

« Le pouvoir qui s'est élevé jadis à l'Est a été défait par la main des Hommes il y a de cela un âge. Ses lieutenants ont disparus, ses armées ont été dispersées et Barad-dûr, renversée. L'Unique est perdu maintenant qu'il a descendu le cours de l'Anduin pour sombrer dans la vaste Mer. Pourquoi avoir quitté les Terres immortelles pour accoster en Terre du Milieu en l'an 1090 du Troisième Âge? »

Après une courte pause, il reprit sur un ton aussi froid que solennel :

« Gandalf. Si les Valar ont pressenti que de grands troubles devaient bientôt survenir, je dois le savoir ».
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Gandalf le Gris
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MessageSujet: Re: Combien d'aubes n'ont pas encore lui ? (Gandalf le Gris, flashback)   Lun 27 Juin - 13:00

Le cœur de Gandalf chantait. Pour la première fois depuis presque cent ans, il connaissait à nouveau la joie. En effet, la dernière fois qu’il connût une telle sérénité remonte à son arrivée aux Havres Gris. Les quelques mots qu’il échangea alors avec Cirdan le Charpentier, premier habitant de la Terre du Milieu qu’il rencontra, lui fit immédiatement se dire qu’il avait en lui un ami, quelqu’un sur qui il pouvait compter. Ce dernier pensa manifestement la même chose, à un tel point qu’il lui offrit son Anneau de pouvoir, Narya, l’Anneau de Rubis, l’Anneau de Feu. A présent en était-il le gardien et Cirdan lui confia que deux autres Hauts-Elfes en détenaient également un chacun : Elrond d’Imladris, et Dame Galadriel de Dol Amroth. Mais ses pas ne le menèrent, pendant 90 ans, ni chez l’un, ni chez l’autre… jusqu’à maintenant.

A la simple vue du Seigneur Elrond, Gandalf sut pourquoi Gil-Galad avait choisi de confier son Anneau à lui plutôt qu’à un autre. Non seulement Elrond était puissant, mais sa sagesse l’était encore plus. Incontestablement avait-il devait lui l’Elfe le plus sage de la Terre du Milieu. Gil-Galad, il le connaissait à travers les chants des Valars qui louaient ses actes passés et pleuraient sa mort tragique. Gandalf écouta la douce voix d’Elrond, où pointait une note de force et une autre de sagesse, lui souhaiter la bienvenue, parler du Seigneur Cirdan du Lindon et lui présenter Vilya, l’Anneau de Saphir. A la fin de son discours, Gandalf le Gris s’inclina et répondit à Elrond :

Je ne suis ici que dans ce but, Seigneur Elrond, ce à quoi Elrond se tue et l’invita à entrer en sa demeure.

Et quelle demeure… Ici se dévoilaient toute la beauté et la quiétude des Elfes. Partout, ce n’était que plantes et fleurs, jardins et fontaines, alcôves aux arches merveilleusement sculptées et statues d’antan à la gloire des Eldar. Un enchantement pour les yeux et un émerveillement pour l’âme. Gandalf eut presque le sentiment d’être de retour en Valinor et comprit vite que le lien qui unissait les Valar aux Noldor était, fort heureusement, encore bien présent. Gandalf suivit donc Elrond à travers sa demeure mais ses sourcils se froncèrent légèrement lorsqu’Elrond parla, d’une voix différente cette fois, basse et inquiète, de sa venue et de sa signification pour la Terre du Milieu. Il voyait en effet juste ; Gandalf n’était pas là par hasard. Il ne dit cependant mot, préférant pour l’instant écouter les interrogations du Seigneur Elrond jusqu’au bout, marchant derrière lui à pas lents, pas toujours rythmés par l’avancée de son bâton et le léger bruit qu’il faisait en touchant le sol.

Ils entrèrent dans une vaste pièce qui donnait sur la vallée de Fondcombe. Cependant, Gandalf ne prit cette fois pas le temps d’en observer la beauté, car le Seigneur Elrond parlait gravement.

Gandalf. Si les Valar ont pressenti que de grands troubles devaient bientôt survenir, je dois le savoir.

Les yeux du vieil homme rencontrèrent ceux d’Elrond. Il y lut toute l’inquiétude pour les siens et l’avenir de la Terre du Milieu :

En effet, Seigneur Elrond. Les Valar sont inquiets et pressentent qu’un danger est sur nous, un danger qui nous est encore caché mais qui est bel et bien là…

Il s’arrêta et poursuivit, choisissant de tout raconter depuis le début :

Je fus choisi par Manwë en personne et arrivais en dernier en Terre du Milieu. Quatre autres Istari, dont le supérieur de mon ordre, avaient déjà foulé cette terre à mon arrivée. Je n’ai guère de nouvelles d’eux. Des habitants que j’ai pu croiser, beaucoup m’ont informé que trois d’entre eux s’en étaient allés vers l’Est, tandis que le dernier, Radagast, élu domicile en un lieu nommé Rhosgobel. Sachant quatre Istari à l’Est, je préférais rester à l’Ouest. Pendant 90 ans, je voyageais et découvrais l’Arnor et ses habitants avant de diriger mes pas vers l’Eregion jusqu’à ce que les vôtres ne me trouvent et ne m’accompagnent jusqu’ici. Le message dont je suis porteur, Seigneur Elrond, je ne l’ai révélé à personne d’autre pour l’instant qu’au Seigneur Cirdan. A présent, vous êtes le second à l’entendre.

Il fit un pas vers Elrond et parla à voix si basse qu’il semblait presque que le magicien murmurait :

Vous aviez raison, lorsque vous parliez de l’Anneau. Et vous aviez raison de dire qu’il est perdu. Perdu ne signifie pas détruit, cela vous le savez mieux que personne. Son Porteur et Maître n’est donc pas encore totalement éradiqué de la Terre du Milieu. Les Valar et moi-même craignons son retour…et son retour est inéluctable… Aujourd’hui, demain, dans deux semaines, deux mois, deux ans ou mille ans qui sait… Telle est la raison de ma présence en Terre du Milieu. Tant que le Mal subsiste, je resterais, cela jusqu’à ce qu’il soit détruit à jamais.


Gandalf fit quelques pas en direction de la vue sur la vallée. Il en admira quelques instants la vue avant de se retourner et de demander :

J’eus part d’étranges rumeurs au sujet d’une cité au Sud-Ouest du Royaume de Vert-Bois le-Grand. En ces lieux vivrait un sorcier répondant au nom de Nécromancien… Que savez-vous au sujet de cette cité ? Ce nom vous évoque-t-il quelque chose ?


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Elrond Peredhel
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MessageSujet: Re: Combien d'aubes n'ont pas encore lui ? (Gandalf le Gris, flashback)   Mer 10 Aoû - 1:50

Il régnait dans l'harmonie de la salle aux larges arcades une ambiance étrange et comme teintée de contrastes. La lumière du jour, chaude et pure, tombait sur les murs blancs en irradiant de mille feux. Ces éclats habillaient les statues entourant la solitude des deux convives de mille reflets enchantés et allumait dans leurs yeux une frêle étincelle. Ces majestueux guerriers, fondus dans le marbre de jadis, semblaient ainsi s'animer d'une vie nouvelle et secrète. Dans le mutisme et l'éternité, chacune de ces statues représentait un haut seigneur de la maison d'Elrond. Mais plus que la gloire et la puissance des Noldor, ces reliques d'un âge révolu évoquaient la symbiose qui avait toujours enveloppé les rapports des Elfes et de la Nature. Recouverts de fleurs diverses, gardant le mystère des chutes et recevant les dons du Soleil et des vents, les statues de la salle du conseil incarnaient à elles seules le pacte gracieux du feu, de l'eau, de l'air et de la terre. Elles inspiraient les coeurs par leur indicible beauté et faisaient irrémédiablement naître, au plus profond des invités qu'elles recevaient, un sentiment de paix et de nostalgie. L'épure des colonnes et la grâce de leurs gardes rayonnaient par leur splendeur, mais il y avait dans cette majesté quelque chose d'infiniment triste. Maintenant que Gandalf était là et qu'il évoquait le retour de l'Ennemi, tout le charme de la vallée semblait s'être évaporé. L'air était devenu insensiblement plus lourd, plus pesant, le silence s'était fait, les oiseaux ne chantaient plus, et la lumière elle-même semblait avoir perdu quelque chose de sa couleur. Elrond écouta Gandalf sans un mot, levant les yeux devant une des statues et pesant ses propos. Il s'était lentement avancé devant elle, contemplant ses détails avec un air grave. Son noble visage était fermé, son corps toujours droit et ses yeux pleins de mélancolie. Il avait goûté avec plaisir et curiosité le récit de l'Istar et de ses vagabondages depuis les Terres Immortelles. Mais, quoique de nombreuses questions l'aiguillonnait encore à ce propos, son intérêt fut étouffé par les nouvelles que le Maïa annonçait comme un feu trop fragile qu'un voile viendrait brutalement recouvrir. Il savait depuis toujours que la Terre du Milieu demeurerait le repère du Mal tant que l'Unique ne serait pas détruit, mais il peinait à croire que le retour effectif de l'Ennemi en personne soit si prompt à advenir. Cela faisait mille ans à peine que Sauron avait été défait en Mordor, et quelles que soient ses multiples machinations, la blessure qui meurtrissait sa chair essentielle était encore trop vive et brûlante pour permettre son avénement. Quoiqu'elle ne lui ôta point son influence sur le Mal, elle était destinée à le priver de puissance et de pouvoir pour longtemps... Pourquoi donc les Valar envoyaient-ils les Istari si tôt vagabonder en Terre du Milieu ? Et pourquoi, parmi les cinq Magiciens qui composaient leur Ambassade, Gandalf avait-il été le seul à se présenter à Fondcombe ? Ces nouvelles interrogations jetaient le trouble dans l'esprit du Semi-Elfe, d'autant que le ton de son hôte laissait entendre qu'il ne révélait pas encore tout ce qu'il semblait savoir. À la mention du "Maître" de l'anneau, Elrond se retourna et observa Gandalf dans les yeux. Il y vit une inquiétude tangible qui l'affecta à son tour et se propagea dans son coeur. Inspirant profondément, il jeta un regard sur l'anneau qui lui ceignait le doigt et répondit lentement :

"Quels que soient les plans de l'Ennemi pour l'avenir, il faut convenir que les apparences sont trompeuses et que le Seigneur des Ténèbres n'a jamais réellement quitté la Terre du Milieu".


Elrond marqua une courte pause et reprit :

"Bien qu'il ait été vaincu par Isildur et que son emprise ait considérablement diminuée, les maléfices de Sauron continuent de faire sentir leurs effets jusqu'aux frontières d'Imladris. Ses serviteurs continuent d'oeuvrer dans l'ombre. Il reste encore beaucoup de créatures répugnantes en Terre du Milieu Gandalf, des êtres plus abjects que les orques et dont la première allégeance allait à Morgoth. Les gobelins grouillent dans les montagnes et s'aventurent de plus en plus souvent sur les terres du Sud. L'Orodruin continue de cracher ses noirs volutes de fumée, et les différents royaumes des peuples libres préfèrent l'indifférence à l'amitié, quand ils ne se querellent pas sous l'effet de quelque impulsion étrange. Les Nains se terrent dans les montagnes, les Elfes pansent encore leurs plaies et partent pour Valinor... quant aux hommes..."

Elrond marqua une nouvelle pause, plus longue. Il baissa les yeux au sol puis contempla la vallée comme absorbé par une brève vision du passé

"Les hommes sont faibles. La force de Numénor n'est plus, son épée est brisée et son destin avec elle. Le Gondor règne en maître mais son hégémonie dans le sud est fragile. Déjà l'autorité du roi s'amoindrit. Déjà les Gens qu'il a ralliés à lui se plaignent du poids de l'impôt et fomentent des rebellions. Par sa situation et son aura florissantes, le Gondor est appelé à sombrer. Le royaume ne manque ni d'or ni d'hommes pour le désirer. Lentement, sa puissance entière déclinera, échouant à se prémunir de l'avidité, de l'envie et de la témérité de ses vassaux, victime de sa propre étendue ainsi que des coups de ses ennemis. La paix ne règne pas dans le Sud Gandalf, les hommes de Rhûn menacent ses frontières et sont prompts à la guerre. Quant au Nord, l'Arnor est éclaté, le trône attend son roi tandis que les intrigues couvent dans les différentes Maisons. Le peuple souffre de cette inertie et de ce que trament les orques, les loups et les mauvais hommes, dans les landes et même au-delà. Un vent mauvais souffle sur l'esprit des Edains. Il ronge leurs forces et abime leur courage... Et puis, il y a autre chose encore..."

Le Seigneur elfe se tut. Il avait entendu la dernière question de Gandalf et s'apprêtait à lui répondre. Sans doute avait-il reporté ce moment parce que sa propre réponse n'était pas claire ni assurée. Peut-être aussi craignait-il secrètement de devoir y répondre. Comme sous l'effet d'un lourd devoir, Elrond s'approcha de Gandalf en le dévisageant. Ses yeux étaient grands ouverts et son visage fermé. Las, il fit résonner sa voix puissante dans la salle du Conseil.

"Les rumeurs que vous évoquez sont parvenues à moi de bien des façons. Toutes concordent en effet pour affirmer qu'une étrange entité a élu domicile dans les ruines d'Amon Lanc, au sud-ouest de Vert-Bois. Amon Lanc était la capitale du royaume d'Oropher du temps où Vert-Bois prospérait. À présent, c'est une colline nue et morte abandonnée des elfes où, dit-on, une forteresse s'est élevée. Je ne sais rien de plus au sujet de celui qu'on appelle le "Nécromancien", sinon que son domaine inspire l'effroi à quiconque s'en approche et que l'habitant de ses murs met tout son soin à demeurer caché. Nul ne l'a vu, rien ni personne ne l'entend, et tous ignorent la raison de sa venue. C'est pourquoi je ne puis affirmer avec vous qu'il s'agit d'un simple sorcier s'exerçant à la magie Gandalf. En vérité, son adresse semble de loin dépasser les capacités communes des mortels, et c'est pourquoi je crains qu'il ne soit pas l'un d'entre eux..."

Elrond s'interrompit de nouveau comme pour souligner la nature de son doute. Il considéra Gandalf de haut en bas puis se détourna de nouveau, les bras croisés dans le dos et s'avançant vers la vallée.

"Mortel ou non, le Nécromancien a déjà marqué le sud de Vert-Bois de son empreinte. Les bêtes fuient cette partie de la forêt, et l'on rapporte qu'elle meure lentement. Le roi Thranduil et les siens souffrent déjà de sa présence, et tout porte à croire qu'ils en souffriront davantage, à mesure que les jours s'allongeront... Thranduil est un roi fier et orgeuilleux mais il a à coeur de préserver l'âme de chacun des elfes qui composent son peuple. Il préférera esquiver ce danger et se retrancher dans ses palais au Nord plutôt que de l'affronter directement. C'est un fait que les Eldar ont toujours beaucoup souffert de la malice du Mal, mais il faut regretter qu'ils ne puissent plus lui résister aujourd'hui".

Le Semi-elfe souffla lentement et passa un doigt sur sa manche. Maintenant qu'il avait exposé la situation de Vert-Bois, il était temps pour lui de proposer un conseil à son invité.

"Une fois votre séjour à Fondcombe achevé, la meilleure chose à faire pour gagner de nouvelles informations serait encore de prendre la route de Vert-Bois pour rencontrer Thranduil. Lui seul connait la situation véritable dans son pays, aussi sera-t-il en mesure de vous apporter de plus amples informations sur l'état des choses et la nature du Nécromancien. C'est un roi hostile à toute présence étrangère sur son royaume. En cela, malgré tout le mépris qu'il lui porte, il ressemble beaucoup au roi des Nains qui habite les Monts Brumeux, lequel s'enorgueillit à son tour de le dédaigner plus que Thranduil ne le dédaigne. Quoi qu'il en soit, vous serez assurément bien accueilli à Vert-Bois, car vous êtes l'ami des elfes, et Thranduil sait faire sa part entre les étrangers et ses amis, même lorsqu'il ne les a jamais vus".
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Gandalf le Gris
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MessageSujet: Re: Combien d'aubes n'ont pas encore lui ? (Gandalf le Gris, flashback)   Mer 10 Aoû - 11:29

La chaleur qui d'habitude brillait sur le visage du vieil homme semblait s'être totalement volatilisée. Gandalf avait à présent un air grave, et cet air s'assombrissait de plus en plus à mesure que le Seigneur Elrond parlait car rien de ce que le noble et sage Seigneur d'Imladris disait, n'était encourageant... Les Peuples Libres étaient totalement disloqués. Partout régnait un autre problème qui faisait que les anciennes alliances s'étaient petit à petit rompues d'elles-mêmes. Un Gondor surpuissant, un Arnor morcellé en trois parties se vouant chacune une haine sans limite, les Nains terrés dans leurs montagnes à amasser richesses sur richesses, et les Elfes vivant dans la nostalgie du passé... Selon les dires d'Elrond, Sauron était peut-être très affaibli mais loin d'être éradiqué de la Terre du Milieu. Et il avait raison sur un point; son esprit vivait encore et était bien plus menaçant que son corps. Les Serviteurs du Mal sont présents en bien des lieux. Les Orques, les Gobelins, les mauvais hommes d'Orient et même ceux du Sud, tout deux anciennement alliés au Seigneur de Mordor... Pire encore, sans les nommer, Elrond faisait clairement référence aux Balrogs, de féroces Serviteurs de Morgoth à l'instar de Sauron et qui, disait-on, dormait encore aux coeurs des montagnes.

Le discours d'Elrond n'était pas à prendre à la légère. A défaut d'agir, il fallait, pour le moment, reprendre contact avec les représentants des Peuples Libres, les avertir et les pousser à la vigilance. Ne sachant réellement ce qu'avaient fait, depuis laurs arrivées, les quatre autres Istari de son ordre, Gandalf se sentit là empreint d'une nouvelle mission. Ce serait à lui de rencontrer ces représentants, à lui de les avertir. Alors il se leva, s'aidant de son bâton, et alla vers le Seigneur Elrond. Devant lui, il plongea ses yeux bleus dans ceux du Noldo, y mit toute sa chaleur et son réconfort:

Seigneur Elrond, je vois enfin, dans votre discours, la raison de ma présence en Terre du Milieu. Vous, restez ici, protégez les vôtres et tenez vos frontières. Cette cité bénéfice de la magie de Vilya; aussi est-elle protégée des yeux hostiles. Mais il n'en est pas de même pour tout ceux que vous nommez indirectement dans vos paroles.

Il fit une pause, soupira légèrement puis reprit:

Avec votre permission, je resterais ici jusqu'à demain. Et dès demain, à l'aube, je partirais pour les Terres des Nains, y renconrerait leur Roi et le préviendrait des dangers encore endormis mais bien présent aux coeurs de leurs montagnes. J'espère qu'il daignera m'écouter puis j'irais parler au Roi Thranduil. Permettez-moi de parler en votre nom. Le vôtre est plus connu que le mien. Je me fais votre messager auprès des Elfes de Vert-Bois; ainsi leur Roi verra qu'il n'est pas seul dans la peine qui les touche de plein fouet. Je suis en effet l'ami des Elfes, mais je me fais fort d'être celui de tous les Peuples Libres. A travers moi, je ferais tout ce qui m'est possible pour qu'à nouveau, Elfes, Hommes et Nains s'écoutent et s'aident. Si nos craintes mutuelles sont fondées, mieux vaudra alors que nous agissions tous communément...


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MessageSujet: Re: Combien d'aubes n'ont pas encore lui ? (Gandalf le Gris, flashback)   Sam 13 Aoû - 19:50

Elrond fixa son interlocuteur silencieusement. L'approbation se lut sur son visage, puis il hocha la tête avec lenteur. Après un instant de réflexion, le son mélodieux de sa voix s'éleva de nouveau en se mêlant au lent torrent des chutes.

"Le Roi sous la montagne, Furdin Premier, est un être au coeur noble quoiqu'endurci par des décennies de règne solitaire au coeur d'un royaume de pierre coupé du monde. Je ne l'ai jamais rencontré, et je ne sais rien de lui que ce que rapportent les voyageurs qui parfois font halte à Fondcombe. Son royaume est florissant, son peuple heureux et sa fortune immense. Ses armées, forgées au rythme des guerres souterraines contre les Gobelins du Nord, sont puissantes et nombreuses. Mais malgré l'isolement millénaire de son pays et son entêtement légendaire, le roi Furdin n'a pas tout à fait oublié les alliances d'autrefois ni l'amitié que les Nains ont toujours porté aux Edains. Pour ce qui est de ses relations avec les Eldar, elles sont moins mauvaises que nous pouvions les imaginer, car il semble que l'inimitié du roi se concentre sur le seul peuple des Sindar de Vert-Bois avec qui, jadis, les Naugrim furent en guerre en raison du Nauglamir. Pour les autres membres de notre race, il en va comme pour le reste du monde, et Furdin se contente de les ignorer. Bien qu'aujourd'hui le royaume de Khazad-Dûm commence à rouvrir ses portes, le Roi sous la Montagne ne semble pas se préoccuper des peuples libres. L'intérêt de la Terre du Milieu n'est pas le sien, et il ne s'engagera pour son salut qu'à la condition qu'elle encoure un danger grave et exprès. C'est avant tout l'appât du gain qui le pousse à briser l'isolement pour contracter avec ses voisins."


Elrond ferma ses paupières et fit un pas de côté. Il mûrit son propos en silence, avançant lentement. Ses doigts fins parcouraient avec grâce la base de son visage, tandis que son esprit était plongé dans une espèce de contemplation absente. Après quelques secondes, le Semi-Elfe reprit.

"Gandalf. Le Roi sous la Montagne n'est pas maître de son esprit. L'Anneau qu'il porte au doigt et qui est l'héritage de la maison de Durin est un des Septs souillés par la main de Sauron. La volonté de Furdin est forte, et c'est un fait qu'il a longtemps su parer les maléfices de cet artefact. Mais nulle volonté n'est assez ferme pour résister à jamais au vouloir du Seigneur des Ténèbres, et il ne fait pas de doute qu'il exerce aujourd'hui une influence malsaine quoique diffuse sur le royaume de Khazad-Dûm. L'avidité des nains semble s'être décuplée. Là où l'or et le mithril brillent, la raison leur échappe. Ils accumulent toujours plus de richesses et de joyaux, sans que leur soif de trésor ne s'altère. À terme, leur désir risque de se muer en cupidité, et leur cupidité en haine. Les gens libres ne peuvent se passer de l'amitié des Naugrim, mais nous devons veiller tacitement à ce que leur empire ne place pas les autres peuples sous leur seule influence. Si donc vous vous rendez sous la Montagne, mettez-les en garde contre les pouvoirs des Anneaux, et renouvelez-leur notre amitié".


Elrond marqua une brève pause puis répondit à l'invitation de son hôte

"Oui. Portez donc ma parole auprès du Seigneur Thranduil. Il vous accueillera d'autant plus qu'il vous saura mon émissaire. Assurez-le du soutien de Fondcombe et priez-le de m'informer directement par quelques messagers dès qu'il l'estimera nécessaire. Nous ne pouvons pas laisser les elfes de Vert-Bois se dresser seuls contre le Nécromancien. Je vous propose à présent de nous séparer pour que vous vous restauriez. Un grand voyage vous attend pour demain. Je mettrai à votre disposition tout ce qui sera nécessaire à votre aventure. Un destrier, des vivres, ainsi qu'un peu de vin et d'eau. Quant à votre halte ici, je regrette qu'elle soit si brève, mais les temps le commandent. Vous trouverez tout ce qu'il vous faut dans ma Maison, à commencer par de la nourriture et surtout du repos. Adieu donc Gandalf, et que votre route soit bonne".

Elrond s'inclina légèrement en guise de salutation puis s'éclipsa
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Combien d'aubes n'ont pas encore lui ? (Gandalf le Gris, flashback)
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